Jeudi , 2 octobre 2014
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François Trinh-Duc : Le pouvoir jeune

François Trinh-Duc : Le pouvoir jeune

Quel est le mot d’ordre du staff technique en équipe de France ? Te laisser du temps ?
À mon jeune âge, j’ai besoin de haut niveau et de jouer. J’ai besoin de temps de jeu et j’ai la chance que les sélectionneurs m’en donnent pour réussir à élever mon niveau de jeu.

Tu es titulaire au poste de numéro 10. C’est pour te préparer au mieux en vue de la Coupe du monde de 2011 en Nouvelle-Zélande ?
Non, pas ouvertement. Personne n’a sa place prédéfinie en équipe de France. Sûrement que dans l’objectif, ils avaient envie d’essayer et d’intégrer certains jeunes. Et je devais être dans le profil de ce qu’ils voulaient. À moi de ne pas les décevoir et de bosser avec mon club pour être le titulaire à la Coupe du monde.

Les observateurs parlent souvent de toi comme d’un « talent brut à polir ». Tu es d’accord avec ça ?
Oui, c’est vrai. Je suis encore jeune. Je n’ai que 23 ans. J’aime jouer au ballon, me faire plaisir. Maintenant, il faut avoir un peu plus de recul sur un match pour savoir notamment jouer les temps forts et les temps faibles.

Quels sont les points que tu dois le plus travailler ?
Il me manque un outil qui est le but. Je ne bute pas régulièrement en Top 14 et donc c’est un outil que je travaille de plus en plus pour le mettre dans mon panel. Pour un numéro 10, il est important de buter, chose que je ne fais pas encore.

Au niveau mental, comment vois-tu ton évolution ? Tu appréhendes mieux les victoires et les défaites ?
Oui, car j’ai de plus en plus l’habitude. Il faut savoir relativiser, savoir peser le pour et le contre, et faire des bilans avec le staff technique et les entraîneurs. C’est grâce à ça qu’on avance et qu’on progresse.

Quelles sont les qualités essentielles pour être un bon ouvreur ?
Il en faut beaucoup car on lui demande beaucoup. Il faut être bon défenseur, bon plaqueur, bon passeur, avoir un bon jeu au pied et surtout, savoir gérer l’équipe et ses lignes arrières. On est très exposé en défense, donc il faut être présent physiquement pour ne pas subir et faire reculer l’équipe. Le mental est important dans le sens où si on fait une erreur, il faut savoir se remettre tout de suite dans le match.

Au niveau de ton physique, quelles sont les parties du corps que tu travailles le plus ?
Les épaules et les bras car ce sont les parties les plus exposées. Et pour l’attaque, c’est les jambes. C’est important pour travailler l’explosivité et mettre du tonus.

Comment travailles-tu mentalement ton avant-match ?
Pour bien se préparer au but et au jeu au pied, c’est une concentration spéciale. Je fais quelques imageries mentales de choses positives, de coups de pied, de passes, d’actions réussies pour se mettre en confiance. Par exemple, dans le vestiaire, avant de sortir ou pendant l’échauffement, je me mets des images positives d’actions bien réussies dans la tête. C’est pour me mettre en pleine confiance afin d’attaquer le match de la meilleure des façons. Du coup, je le fais avant chaque rencontre. Et j’en vois les bénéfices de plus en plus. Je suis plus concentré, plus maître de mon jeu. Quelque part, ça aide et ça donne l’impression d’avoir un coup d’avance sur l’adversaire.

Par rapport au club, est-ce très différent d’évoluer en équipe de France ?
Non, ça se ressemble assez. En club, on a un peu plus d’affectif, on est plus proches des autres joueurs car on se côtoie au quotidien. Donc c’est peut-être une approche un peu plus fusionnelle et émotive. En équipe de France, il y a ce côté-là aussi mais c’est un peu plus individuel. On est une équipe, mais chacun est là parce qu’il a été sélectionné et il faut qu’on soit le plus performant possible en terme d’équipe.

Comment travaillez-vous la récupération ?
Ce sont principalement des massages drainant par des kinés ou des masseurs. Et après, ça dépend des blessures de certains. Il faut les soigner au mieux. Il y a aussi des bains d’eau chaude et d’eau froide qui permettent une récupération plus rapide pour le retour veineux. Mais c’est principalement les massages pour éliminer tous les déchets dans le sang, libérer et relaxer les muscles.

On imagine que c’est primordial d’avoir une bonne récupération vu le rythme intense que vous avez saison après saison ?
C’est vrai que c’est très intense et en plus la compétition est relevée. Il y a beaucoup d’équipes qui sont à peu près du même niveau et on a parfois trois matchs à disputer en dix jours. Ce n’est pas facile, donc il faut vraiment être pro jusqu’au bout des ongles et avoir une très bonne récupération et préparation à chaque fois.

Tu constates de plus en plus de blessures dans le rugby ?
Il y a pas mal de prévention, de renforcement. Mais des blessures, il y en a de plus en plus, je pense. Dans l’idéal, il faudrait qu’on joue autant de matchs que dans l’hémisphère Sud. Par exemple, dans l’année, les All Blacks jouent moins de matchs que nous. Nous, on en joue une trentaine. Donc c’est vrai que quand ils arrivent en période internationale, ils sont un peu plus frais et plus dynamiques. Il nous manque cette fraîcheur physique. Ça va jouer à la Coupe du monde, donc il va falloir mettre des choses en place et savoir gérer les temps de jeu des internationaux pour avoir le même niveau de performance et de fatigue à la Coupe du monde.

As-tu un suivi strict au niveau de la nutrition ?
On a un suivi réalisé par une diététicienne en club. C’est un suivi longitudinal, avec une prise de masse grasse tous les trois mois pour voir l’évolution d’un joueur. Généralement, la masse grasse se situe à 13 ou14 pour un joueur de rugby. C’est pour tirer la sonnette d’alarme en cas de besoin, mais ce n’est pas très strict. Certains joueurs ont un régime particulier, notamment les avants, qui ont souvent tendance à se laisser aller. Moi, je mange des choses simples comme du riz, des pâtes, des légumes, de la viande…

Tu as un physique assez « costaud » pour un demi d’ouverture. Ça change des anciens numéro 10 des années 70 ou 80…
Je fais 1,84 m pour 91 kg. C’est vrai qu’avant, on trouvait des ouvreurs plus fins, de plus petit gabarit. Mais comme tous les gabarits augmentent, celui de mon poste aussi forcément. De plus en plus, on va attaquer la zone du 10 pour avancer. Il faut que le numéro 10 puisse « se défendre » et qu’il ne soit pas un point faible dans la défense.

Tu t’autorises quelques excès ?
Je ne fume pas. La 3e mi-temps est toujours d’actualité dans le rugby, donc après un match, il y a généralement une réception à domicile. Si la victoire est belle, ça se fait toujours d’aller boire un coup entre nous pour refaire le match et penser à autre chose. Elle fait partie du rugby même si elle est un peu plus modérée qu’autrefois. Avec la cadence des matchs, on ne peut plus se permettre tout et n’importe quoi.

Tu commences à avoir des sollicitations de marques pour faire de la pub ?
Non, pas trop encore. Je suis encore jeune et je n’ai pas une grosse réputation d’international. Il faut déjà que je fasse mon trou rugbystiquement et après, peut-être que des contrats vont se décrocher.

Est-ce que tu penses à la Coupe du monde 2011 le matin en te rasant ?
Non, pas trop. J’en fais mon objectif à long terme, mais je n’y pense pas tous les matins. Ça passe surtout par des sélections, être performant et montrer qu’on mérite sa place. Peu à peu, ça se mettra en place. C’est un objectif qui passe par beaucoup de travail.

Ton objectif, c’est d’y être ou de la gagner ?
Pour l’instant, je vous ne cacherai pas que c’est plutôt d’y être. Mais petit à petit, avec l’équipe, ce sera de la gagner car on est tous des compétiteurs.

Hors rugby, on sait que tu fais un peu de golf. Tu pratiques souvent ?
Je dois en faire une fois toutes les deux semaines. C’est vrai que c’est bien pour se détendre, penser à autre chose et pratiquer un sport individuel. C’est mon sport loisir.

Pour terminer, parlons un peu d’argent. Tu es plutôt cigale ou fourmi ?
La première chose que je me suis offerte, c’est juste d’être propriétaire de mon appartement. Je ne suis pas trop voiture. J’ai juste la voiture du club, un Nissan Qashqai. Je ne fais pas de folies. J’essaye de placer à droite, à gauche, dans l’immobilier, dans des placements bancaires. C’est toujours dans l’idée de l’après-carrière.

Par Jean-Michel Setbon
Photographies : Stéphane Ruet / Storybox