Mardi , 25 novembre 2014
Avertissement :
Brillante Géraldine Nakache

Brillante Géraldine Nakache

C’est écrit en gros sur l’affiche de son premier film en tant que coréalisatrice, en salle le 24 mars, “Tout ce qui brille” n’est pas or… Comme l’héroïne de son film, Géraldine Nakache a connu la chasse à l’apparat, au glamour bricolé avec des fringues bon marché pour rentrer dans les boîtes branchées. Puis elle a fini par se rendre à la vérité, celle qui cimente les fortes relations. Aujourd’hui épouse du comédien Manu Payet, elle a accepté pour Men’s Health de se prêter à nouveau au jeu glamour, dans le cadre hype du VIP room. Pour notre plus grand bonheur.

Elle n’est pas super à l’aise avec le glamour, Géraldine. Parce qu’elle est nature au quotidien. Parce que question griffes, elle préfère le cachemire, le noir et le bleu, les créateurs sobres, Martin Margella. « Je ne suis pas trop dans le wonderbra et le talon de 18 cm. Je préfère être très sexy dans un jean ou un débardeur. Et puis culturellement, c’est loin de moi tous ces trucs-là. » La nuance clairement établie entre le glamour chic et le glamour cul par le stylisme et le photographe ne la met pas forcément tout de suite en disposition idéale. Modèle et comédienne, voilà deux métiers bien distincts : « En tant que comédien, ce n’est pas facile de ne se retrouver qu’avec son corps immobilisé pour t’exprimer. Il faut trouver le moyen d’utiliser ce nouveau médium. Heureusement, le photographe avait une humeur et une énergie communicatives. Il savait qu’il n’avait pas Kate Moss en face de lui, il s’est adapté. J’ai fini par me détendre parce que toute l’équipe était sur un mode cool, sans enjeu. » Avant de percer comme comédienne, elle a connu les affres de l’apparat dans sa prime jeunesse. Son personnage dans Tout ce qui brille est une cousine peu éloignée de ce qu’elle fut. Douce jeunesse au stylisme bricolé. « Tu ne peux pas t’habiller chez Chanel et Balenciaga quand t’as 20 ans et que t’habites Puteaux. Donc tu t’arranges avec du H&M et du Zara. Les jupes raccourcissent, on se mouille les cheveux, on se maquille, on met du brillant quand on sort à Paris. Plus jeune, les paillettes m’intéressaient. » Et les garçons ? « Ceux qui me fascinaient, c’était lié à leur environnement social. Leurs fringues allaient de pair. Il fallait que ce soit ostentatoire. Je fréquentais des mecs du 16e, qui conduisaient une voiture sans permis et s’habillaient chez Stone Island. » L’ascension sociale par le physique, l’apparat, est un des thèmes du film. Avec un hiatus par rapport à son époque : aujourd’hui, les codes de la mode sont brouillés. Une nana qui vit à Saint-Germain peut s’habiller chez H&M. « En principe, tu ne te pointes pas au Baron à Paris en jogging Adidas. Mais le vice, c’est que si t’es connu ou branché, tu peux le faire. » La frontière aujourd’hui n’est plus entre riches et pauvres, elle est entre branchés et les autres, ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas. Les hommes selon elle n’y échappent pas. Elle évoque ces mecs qui se font des soins du visage et qui s’achètent une paire de pompes par semaine. Ceux qui peuvent entrer dans les boîtes branchées mal rasés avec un jean crade. Même si, elle le reconnaît, il reste des valeurs refuges de masculinité éternelles. « La valeur sûre, c’est George Clooney. Ça, ça bouge pas, ça restera toujours George Clooney. Le costard Hugo Boss, la classe sobre. »

Elle apprécie aussi l’image virile d’hommes venus d’autres univers engouffrés dans ces valeurs-là. Elle évoque Justin Timberlake, ou Pharrell Williams, qui vient du hip-hop et sort des collections chez Vuitton. Chez les mecs, la sape c’est devenu aussi un étendard. « La mode est devenue une humeur, ce n’est plus seulement artistique, ça dit aussi ce que t’écoutes comme musique, ce que tu es. Les hommes se lâchent plus à ce niveau-là ; alors qu’avant, c’était réservé aux femmes. Quand je vois Jay-Z s’habiller chez Lanvin, je me dis que ça a un sens… et de la classe ! » Mais attention : ainsi que le souligne le titre de son film, Tout ce qui brille n’est pas en or. Un jour, Géraldine en a eu marre de courir toujours après des images. Et après le dernier petit pull Zara qui imite le dernier pull Prada en date. Fatiguée de mentir et besoin de vérité. « J’ai un jour préféré attendre six mois d’avoir les moyens d’acheter un beau pull que de choper toujours le dernier truc. » Déparée de faux habits, elle a vu rapidement arriver le prince charmant. « La première fois que je l’ai vu, c’était juste un collègue, un pote. Vraiment pas un coup de foudre. En revanche, quand on a commencé à vivre ensemble, j’ai vu très vite que c’était lui. J’étais chaque jour contente de me réveiller à ses côtés. » L’heureux élu, c’est le comédien Manu Payet, aujourd’hui son époux. Parce que passé un certain cap, elle s’est posé les vraies questions. « à nos âges, on s’est évidemment trouvés dans le discours et non sur une question d’apparence ou de fringues. Il fallait que ça matche dans le cerveau. Est-ce que je peux rester dix-huit heures avec cette personne sans avoir particulièrement besoin de parler ? Si c’est oui, c’est que c’est bon. » Partageant le même métier, ils forment un couple solide, uni depuis sept ans. « Je ne sais pas comment on tient sept ans. Tous les jours, j’ai l’impression que ça fait un an que je suis avec lui. Je n’ai pas compté les années, même si nous nous sommes rencontrés assez jeunes. La recette, c’est de ne pas en avoir, de ne pas regarder en arrière en se disant : ouh là là, le cap des quatre ans ! » Avec son homme, plus que jamais elle utilise un langage de vérité. Elle nous avoue l’avoir trouvé génial au théâtre dans Audition, une pièce où il donne la réplique à Jean-Pierre Marielle. On évoque les yeux de Chimène, elle balaie. « Dans des rôles où il a été moins bon, je le lui ai dit. Si ce ne sont pas les gens qui t’aiment qui te disent ce genre de vérité, qui va le faire ? » Les hommes aujourd’hui accepteraient-ils cette remise en question par leur douce moitié ? Les hommes en général, elle n’en sait rien, mais le sien, oui. à son sens, les membres d’un couple se doivent d’être des repères l’un pour l’autre. Les photos pour Men’s Health, ils vont les regarder ensemble. Sans y mettre plus d’enjeu qu’il ne faut. « Il est juste avec moi, s’il ne me trouve pas bien, il le dira. Mais il n’y a pas d’enjeu à me montrer en photos sexy vis-à-vis de lui. Car j’ai été shootée avec les yeux du photographe. Et moi, c’est dans les yeux de mon homme que je veux être sexy. La photo ne peut pas réveiller en lui quelque chose de plus grand que dans la vie. Ou alors il y a un problème ! » La séduction, de toute façon, elle n’a pas perdu de vue la nécessité de la driver au quotidien. « Quand tu rentres d’un tournage ou d’une pièce, t’es crevée. Alors il faut s’octroyer des bulles. Même si on est tous les deux dans un moment où l’on fabrique nos avenirs professionnels, et que le fait de ne pas avoir encore d’enfant nous permet de nous investir davantage professionnellement. » Alors le couple part prendre un moment, même un week-end, même pas loin. « Et puis nous, notre séduction, elle est vachement dans la marrade, la vanne, c’est d’ailleurs comme ça qu’elle est née, et c’est comme ça qu’elle s’entretient. Malgré tout, il faut faire attention ; continuer de s’acheter des chaussures à talons. Se plaire encore, comme si on ne se fréquentait que depuis deux mois. C’est valable autant pour lui que pour moi. » Séduire, sans se travestir, ça semble un bon résumé. Et même si pour le jeu Géraldine avoue s’être bien amusée à briller en Men’s Health Girl, une fois les projos coupés, elle a définitivement intégré qu’en termes amoureux, seule la vérité est faite d’or…

Par Vincent Guillot
Photographies : Stéphane Ruet/Storybox – Assistant : Claude Trentin Coiffure : Stéphane Bodin – Maquillage : Clément Jobert – Remerciements au VIP Room