Sofia Essaïdi : Devenir reine
Sofia Essaïdi en Cléopâtre c’était une évidence. De la Reine d’Égypte elle a la grâce et la rage. Surnommée "La Pharaonne" lors de son passage à la Star Ac’, la belle exorcise son côté diva dans ce rôle gigantesque. Le fruit d’un long chemin du corps et de l’esprit. Aujourd’hui sereine, elle nous raconte son parcours exigeant vers elle même.
Sofia avait à peine 20 ans, quand je l’ai rencontrée dans les sous-sols du plateau de la Star Ac 3 à la Plaine St Denis. Néophyte du cirque show biz, la jeune fille était encore en retenue. Mais sa personnalité, volontaire et classe, se respirait déjà. Il était évident qu’elle n’en resterait pas là. Lorsque la Star Ac fit son show anniversaire au Parc des Princes, Sofia connut le privilège d’un solo ébouriffant, un "Roxanne" vampée hallucinant, où suspendue à des lieu du sol, elle effectuait quelque acrobatie à la limite de l’envol. C’est sans doute là que Kamel Ouali a compris, qu’il fallait tailler à cette reine un écrin à la dimension de son insolent talent. Ce fut "Cléopâtre", bâti de chaque pierre pour elle. La comédie musicale triomphe aujourd’hui, mais le prix à payer pour une telle exigence s’est révélé à la hauteur des enjeux. Incapable d ’agir autrement, Sofia y a donné chaque gramme de sa hargne, chaque centimètre de sa beauté. Jusqu’à ce que le corps lâche. Le 27 février dernier, à quelques notes de la fin elle s ’écroule sur la scène du palais des Sports. Ce jour marque la fin d’une longue chrysalide.Elle est allé au bout. "Quand ton corps t’ordonne de te soumettre, tu admets avoir des failles, ne pas être Wonder Woman. Je suis un robot, j’avance. Sauf que parfois la réalité prend le dessus. Le corps est humain, et l’humain a ses limites" Elle avait pourtant suivi le parcours au mieux. Danseuse et sportive depuis toujours, la préparation avait été à la hauteur des enjeux. Mais assurer 7 spectacles par semaine reste un défi irréel. Jamais Sofia n ’a laissé sa doublure la mettre au repos. À la fin des 3 mois parisiens, elle ne tient plus. "J’étais une larve. Et physiquement et mentalement. Je ne pouvais plus faire de séance de récup. Heureusement j’ai gardé contact avec Tiburce, l’ancien coach de la Star Ac (et dArsenal NDLR). Il me filait des conseils, genre rester dix minutes les jambes en l’air après un spectacle." Pas évident à tenir quand en sortie de scène, l’artiste se doit aux fans, à la presse. "J’avais de fatigues musculaires terribles. L’alimentation équilibrée ne suffisait plus, j’ai pris des médicaments, des compléments alimentaires pour tenir. De l’aspiruline, du magnésium."

2 heures de chant, danse et d’acrobaties : du sport de haut niveau, doublé d’une épreuve psychologique. Elle est le rôle titre, la raison d’être d’une production... pharaonnique ! "Kamel et la production ont mis d’énormes espoirs en moi. C’était une pression que j’ai très bien géré sans savoir comment : j’avais pas le choix, si je me posais la moindre question c’était foutu !" Mais au bout de 2 ou 3 semaines, une fois évaporé le côté féérique de la nouveauté : "J’ai forcément un peu réfléchi et comme par hasard c’est là que j’ai fait mon malaise. Après cet incident, je suis revenu dans la réalité." Son hygiène de vie déjà au cordeau, c’est au mental qu’elle se soigne. Et achève un apprentissage : celui de savoir poser les choses. "Moi qui suis tellement volontaire et ne lâche jamais rien,j’ai testé alors une toute nouvelle sensation, le lâcher prise.." Ce chemin elle en avait de toute façon déjà parcouru un bout. On l’aviat connue tout en tension, gagneuse-hargneuse à la Star Ac. Elle n’était en fait qu’une jeune fille, maladroite, sans maîtrise de ses exigences.
L’incident de l’hiver vient clore la mutation. Et ce nouveau recul lui permet aujourd’hui de se fondre à merveille dans ce personnage de diva qu’on lui accole à la peau depuis qu’elle a, au bout de 15 jours de Star Ac, coupé le souffle à Sting sur un guitare-voix resté mythique. La malédiction de la pharaonne, elle a décidé de ne plus la subir. Mais d’intégrer, d’assumer cette part d’elle même pour la projeter à sa seule place viable : sur scène. "Cléopâtre me permet d’utiliser ce côté autoritaire, diva, qui est présent en moi. Dans la vie de tous les jours je suis douce, très humaine, tout le contraire de ce qu’on a dit sur moi. Avec Cléopâtre j’ai pu utiliser mon côté sec, ambitieuse." Son art est un exorcisme. Reine sur scène, Strip teaseuse en chanson, beurette des cités à la télé, Sofia joue. Plus que par l’ambition, elle reste dévorée par la passion. "Quand je parle de mon métier, on a l’impression que c’est une rage, parce que je suis une passionnée, je parle avec les mains.. Je ferai n’importe quoi dans le travail pour y arriver, mais je ne marcherai pas sur la tête de qui que ce soit contrairement aux vrais battants. J’ai trop je dignité et de fierté, ce qui me bloque parfois d’ailleurs." Une simple histoire de vocation, pour quelqu’un qui a de toute façon toujours fonctionné à l’excellence. "J’aurais pu faire autre chose, j’avais de bonnes notes en cours, j’étais à Dauphine, j’aurais vraisemblablement fait une grande école."

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