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L’interview Lucky Luke de Jean Dujardin

Figure principale du cinéma populaire, Jean Dujardin est un homme assumant tout à la fois, virilité et gamineries. Le succès et la connaissance de soi lui permettent désormais de maintenir un équilibre de vie : folie à l’écran, calme dans la vie. Et depuis le 21 octobre, il incarne un Lucky Luke, héros solitaire et rentré, au milieu d’un univers BD pétaradant. En conciliant ses besoins de jeux agités et de calme reposant, l’acteur a su construire son bien-être.

Comment tu appréhendes la sortie de ce film ? Comme à chaque sortie, ça ne t’appartient plus. T’as fait le job, et mais maintenant c’est au public de décider. Cependant, j’ai quand même l’impression, sur ce film comme pour le premier OSS, d’avoir fait un objet très original, avec un univers très visuel, très déconnant… Sans avoir trahi la BD. Quand je l’ai vu, j’étais bien, j’ai rigolé comme si j’avais 12 ans et demi. Et puis, même si le film était mauvais, c’est quand même 4 mois de ma vie passés à faire le con à cheval en Argentine. Moi qui ne suis guidé que par le plaisir, ça se justifiait déjà.

Tu t’es amusé ? À fond. C’est la seule fois de ma vie où je pourrai jouer un cow-boy ! T’es en Argentine, sur un cheval, habillé en Lucky Luke, t’as un talkie-walkie dans la poche et on te dit : « Vas-y… fonce ! » Je n’avais jamais fait d’équitation. Je suis allé voir Mario Loracci – un cascadeur équestre N.D.L.R. Il a essayé de me faire monter sur un cheval et a tout de suite vu que je ne savais rien faire. On a donc fait 15 heures de tape-cul ! J’avais très envie d’apprendre à monter. Et puis, un cheval de cinéma, c’est une vraie bagnole. Au début, il joue un peu au con avec toi, il t’apprend à le tenir, à mouvoir avec lui sans plus y penser. Il devient un prolongement de toi, tu deviens bilingue en cheval ! C’est un sport incroyable avec une bête gentille et hyperaffectueuse. Alors, en Argentine, déguisé en cow-boy… imagine le pied !

On a l’impression que ton équilibre passe par jouer tes rôles comme un gamin dans un bac à sable ? Oui, mais comme les gamins au bac à sable, je suis hypersérieux dans la façon de le faire. Parce que je devais incarner la dimension de héros de Lucky Luke. Il ne fallait pas qu’on voie Dujardin s’amuser à faire le con déguisé en cow-boy. C’était difficile parce que Lucky Luke, c’est un personnage mythique, loyal, qui pourrait être chiant. D’ailleurs, dans la BD, l’aspect comique vient de tous les personnages sauf de lui. Il a fallu le jouer en lui créant une histoire, des motivations, tout en gardant son aspect de héros solitaire.

Ce côté gamin, c’est pour se protéger de l’aspect trop sérieux, trop adulte de ce métier qui devient envahissant quand on arrive à ton rang ? Je ne pense qu’à m’amuser depuis le début. Si je suis arrivé où j’en suis, c’est parce qu’il n’y a jamais eu de calcul. Une carrière est faite de beaucoup de refus, j’ai souvent dit non parce que je savais où étaient mes oui. Le succès peut s’arrêter un jour ou l’autre, le plaisir doit rester un moteur. Mais ce n’est pas pour me protéger de quoi que ce soit : je n’écoute pas ce qui se dit sur moi. Les histoires de « bankable », je refuse d’y croire… Le côté gamin est complètement présent en moi. à table, je suis comme un gosse, j’ai besoin de me lever à l’entrée, au plat et au dessert. Je peux passer tout l’été à construire une cabane avec mes mômes, et ils en auront marre avant moi. Du coup, je suis complètement bien dans mon job. Parce que même si tu tournes un drame, ça reste quand même une histoire de grand garçon qui s’amuse à jouer pour d’autres personnes devant une caméra.

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